




Bienvenue à Nanarland !

Le présupposé de base qui plantait un Barbe Bleue quasiment psychanalysé par sa femme frôlait déjà l'absurde mais le summum du burlesque est encore à venir :








La mâle et aristocratique raideur du monstrueux héro contraste d'autant plus avec les excès hilarants des belles mégères.







Inévitablement, la première et la plus importante de toutes ces femmes est la mère !
L'oeuvre s'ouvre donc sur le retour chez lui de Barbe Bleue, le héro de guerre ; il vit seul dorénavant, avec une vieille bonne muette ; sa mère est morte et il photographie son portrait, inaugurant la série des créations étranges qu'il réalisera pour chaque défunte (belle idée que ces entrelacements indéchiffrables d'épreuves photographiques, comme un témoignage artistique, un souvenir et, en même temps, un aveu de la mort de toutes les femmes qui ont traversé sa vie !) 

Toutes ces manigances, tous ces tests et ces mises en scène, prouvent bien l'inquiétude de Barbe Bleue, son espoir de trouver la femme idéale, soumise et obéissante, espoir tant de fois déjà anéanti, et sa peur de la voir prendre un quelconque ascendant sur lui, de la voir se révèler triviale, vicieuse et, somme toute, elle-même !

Statufiées, refroidies (dans tous les sens du terme !), conservées dans son grand congélateur, voici ces femmes enfin dignes, belles comme peuvent l'être les oeuvres d'art ou les objets précieux qu'il affectionne, lavées de leurs défauts (de leur humanité embarrassante !) et définitivement domptées !





Loin de faire l'apologie de l'abjection, "Barbe Bleue" choisit pour héros, dans son décor des années 30, une danseuse américaine et un violoniste juif ; la première vengera toutes les femmes qui n'ont pas eu sa chance, le second sa famille que le monstre avait décimée !
Et malgré son apparente légèreté, cette impression parfois troublante d'un film "en roue libre", malgré sa dégaine de farce brouillonne et grossière, l'oeuvre déploie une logique et des détails qui prouvent que rien n'a véritablement été fait au hasard. Ainsi, peut-on s'amuser à décrypter chacune des 7 femmes de Barbe Bleue comme les incarnations successives des 7 péchés capitaux : Nathalie Delon, menteuse, obsédée par son apparence et ridiculement fière de ses attribus, se ferait l'Orgueil ;

La Luxure serait symbolisée par Raquel Welch, réduite à prendre le voile pour endiguer ses inclinations nymphomanes ;

Marilu Tolo, féministe, masculine et agressive (et finalement sadomasochiste !) représenterait la Colère ;
Agostina Belli, la Paresse : désespérément indifférente et oisive ;


Karin Schubert, jeune vierge demandeuse (et active !) serait la Gourmandise ;

Enfin, Anne (interprètée par Joey Heatherton) incarnerait l'Envie ; l'envie de savoir, l'envie de comprendre, l'envie de vivre ...
Et si effectivement, Anne se fait le vivant symbole de l'humanité (c'est la plus directe, la plus aimante, la plus compréhensive, la plus désinteressée, la plus courageuse de toutes ... ; elle s'attire même la sympathie de Marka, la vieille gouvernante, disposée à trahir son maître pour la mettre en garde ! ...), Barbe Bleue se révèle son exact contraire : Il s'avère monstrueux, froid, sec et toujours maître de lui ; il n'est pas vraiment un homme (son impuissance !), rien qu'un aristocrate frileux, passéïste et misanthrope ... Encore aggravés par les horreurs et la violence de la guerre à laquelle il participe atrocement, son indifférence et son mépris de la vie humaine s'avèrent incommensurables ! ( il est membre actif et influent du mouvement nazzi ( le Furher devait lui délivrer un message) ...)

Le film décline sciemment le flamboiement des couleurs primaires, remémorant bien d'autres incursions giallesques où le Rouge, le Bleu et le Jaune étaient ainsi ouvertement travaillés. Les combinaisons varient : Chambre écarlate aux faïences bleues, souterrains bleutés nimbés de jaune, rouge inondé du laboratoire photographique, bleus dorés du chateau sous la nuit, corridors et salons jaunâtres et ocrés ...
Et les vêtements et les accessoires rappellent les mêmes partis-pris : Mobiler, laine, baquet où l'on noie une ivrogne, drapeaux nazzis, rideaux et tapisseries, robe de chambre et étole, vin, chambre d'enfant pleine de vieux jouets et de toiles d'araignées ... : rouges comme le sang.



Clé d'or, chateau, lambris et dorures, chevelures, chaise électrique, feu et incendie, couloirs, boiseries, salle de réception, champagne, éclairages, carrosse et façades ... : jaunes (ou giallo ?)


Barbe, roses offertes par le monstre, escaliers, nuits, porcelaines, portrait majestueux du maitre des lieux, caves, chapelle, orgue, orage, boa de plumes, chambre à coucher, costume ... : bleus.


Les références à un gothique attendu sont évidemment nombreuses :
Chateau inquiétant, chambres et passages secrets, souterrains labyrinthiques pleins d'armures moyen-ageuses, de bas-reliefs et de sculptures, de portraits inquiétants et de toiles d'araignées, caves et galeries ténébreuses, orgue, lustres et trophées, instruments de torture (guillotine, chaise éléctrique ...), chapelle et cercueils, chasse, bal, réceptions, automate, carrosse, cadavres et sadisme ...




L'épisode purement référentiel au conte originel s'affirme également comme le plus délectable et le plus éminemment gothique : L'exploration du chateau et de ses sous-sols, les pièces anciennes, abandonnées et pleines de souvenirs inquiétants (cette salle remplie de mannequins sans tête, nouvelle évocation de la chambre aux cadavres), le climat onirique et angoissant qui va creshendo soutenu par les décors et les couleurs, l'isolement de l'héroïne, le vent et l'orage, la dépouille ensanglantée du chat accrochée dans les arbres et la terreur ... ; Enfin, la curiosité, la clé d'or et la recherche de ce qu'elle peut ouvrir, les essais infructueux puis la découverte de la serrure dissimulée dans les boiseries sculptées d'angelots du bureau, le passage-secret, le portrait de Barbe Bleue, la bague-sésame et la découverte du tombeau réfrigéré à l'intérieur duquel sont alignés les corps suppliciés des femmes ...


Et si ce monstre éternellement "fleur bleue" (barbe bleue !) espère et continue toujours sa quête de la femme idéale, se mettant à chaque fois en position de danger, si ces femmes finissent toutes également piègées dans la chambre secrète, le piège ultime, s'avère bel et bien le mariage ! A partir de là, tout se complique, se dramatise, se découvre et prend un tour viscéral et inéluctable. L'enfermement du couple débouche sur celui de ces malheureuses femmes dans le silence, la mort, un cercueil ou un réfrigérateur, sur l'enfermement final d'Anne que Barbe Bleue n'a même pas le courage de tuer de ses mains ... Enfermement prévisible et inévitable qui correspondait en tous points à celui de l'esprit finalement étroit, frileux et muselé du maniaque, à ses obsessions, à son château glacial, à sa haine de la vie ...

Et la mort, compagne familière du soldat, du tortionnaire SS et du sérial-killer, regroupés dans ce seul homme, se fait mode d'expression, réponse et solution. Les cadavres photographiés et immortalisés, les visages de chacune de ces femmes, dissimulés derrière des montages contrastés et entremèlés aux allures de volutes kaléïdoscopiques ou de tests de Roscharch, leurs corps congelés conservés tels des statues de cire sacralisent, déréalisent et pervertissent l'idée d'une mort désormais intègrée, célébrée, recherchée, compulsive ...
Barbe Bleue veut faire (et se faire) croire qu'il tue par nécessité, parce qu'il y a été poussé et contraint (et aussi, parce que, pour lui, ce n'est pas plus dérangeant que cela !) ; en fait, le monstre a le gout du sang et du meurtre, c'est son "truc", son péché-"mignon", sa drogue ... Pourquoi toujours recommencer et persister à séduire encore et encore, sinon ? Pourquoi collectionner avec tellement de recherche et d'ostentation ? Pourquoi conserver ces cadavres et accrocher ces photos comme on le ferait de trophées ... ?
Et l'esthète morbide est inspiré jusque dans ses élans criminels : Ainsi, la chanteuse exaspérante a-t-elle enfin le sifflet coupé. D'un coups de guillotine !
Erica, qui vient de s'abandonner imprudemment aux délices des amours saphiques est définitivement rappelée à l'ordre par l'empalement d'une défense d'éléphant phallique ;



La nonne extravertie se retrouve enfermée à jamais dans une chapelle et ses confidences sans fin s'étouffent dans un cerceuil hérmétiquement clos ;
Brigitte, l'alcoolique agressive finit noyée dans une cuve de vin rouge ;

La jeune indifférente, nonchalante et paresseuse comme une couleuvre, termine comme elle, dévorée par un rapace ; 
Greta, la vierge excèdée aux besoins trop impérieux, trop "bestiaux", meurt à la chasse, abattue après le sanglier ;
Anne, enfin, trop humaine, trop chaleureuse, manque d'être réfrigèrée jusqu'au point de non retour ... !

Les mises à mort sont brèves, efficaces, mais quelconques et elles manquent cruellement de spectaculaire. Les effêts sanglants s'avèrent assez chiches et leur mise en scène d'une regrettable platitude : Dmytryk n'est ni Bava, ni Corman, encore moins Argento ... Dommage ! Le sujet et cette adaptation même, auraient pu déboucher sur des barbaries baroques autrement plus marquantes et sophistiquées ! Et le film s'avoue finalement beaucoup plus bavard, grotesque et banalement raccoleur que véritablement sombre, créatif ou pervers.
Pourtant, si le spectacle et la vue se font des figures insistantes (spectacle de cabaret d'Anne et de Sergio ; défilé de mode et Opéra avec Erica ; "Show" incessant de la chanteuse ; exposition Kandinsky ; passion photographique de Barbe Bleue ; voyeurisme et surveillance continuel du monstre ; curiosité et découvertes successives d'Anne (la chambre de Marka, les visages derrière les tableaux, la pièce réfrigèrée aux cadavres ...)), le spectacle de la mort, moment-clé du conte et base de cette histoire et de son genre horrifique, méritait vraiment davantage d'attention et de recherche ...
Complexe, torturé, névrosé, mais finalement surtout lâchement supperficiel, le héro semble privilégier le regard et les apparences à des considérations plus intérieures, plus profondes et bien plus dérangeantes ! Il est attiré par la beauté un peu vaine de toutes ces femmes sans chercher à savoir ce qu'elle cache ; il est affilié à l'horreur négationiste, haineuse et barbare du nazzisme qui érige le mépris de l'autre, la violence et le refus de toute réflexion comme credos ; il cache ses secrets et ses failles comme les corps et les souvenirs de celles qu'il a si impunément éliminées ...
Typiquement mâle dans sa couardise et sa passivité, Barbe Bleue révèle en fin de compte (conte ?) toute sa fatuité, inspirant plus de mépris et de sourires moqueurs que d'effroi. Et le film d'épouvante, semblablement gangrené par la réalité pitoyable et ridicule de la bête, sombre définitivement dans le burlesque le plus lourdingue ! Du conte noir et brutal, il ne demeure que les oripeaux et les artifices d'un gothique d'opérette balancés en vrac, des poupées bavardes et le beau regard glacial de Richard Burton !

Dans un souffle, alors qu'il se sent mourir, Barbe Bleue, fusillé sur un quai de gare lache : "C'est vraiment trop ridicule ! " : Clairvoyance, conscience et aveu qui, à lui seul, valide, excuse et ne peut que déclencher au final toute notre sympathie !



2 commentaires:
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