



LE SYNDRÔME DE STENDHAL
(fin)












Jamais les rapports sexuels et amoureux n'ont été autant dénigrés par le réalisateur. Les femmes sont représentées comme des victimes hurlantes, des prostituées, des filles légères et vulgaires (la vendeuse) ou des mégères revanchardes (une ex-victime, une rescapée ...), sans parler de cette héroïne frigide et malade !







Les hommes, pour leur part, s'affirment comme des bourreaux égocentriques, comme des fous dangereux, des imbéciles ou des innocents, victimes en puissance ; et les prétendants d'Anna sont ainsi violés (elle reproduit sur le (trop) gentil Marco l'agression qu'elle a subie), frappés (comme l'ami avec lequel elle boxe avec un acharnement aveugle) et finalement éliminés (Marie, Marco (mais également Alfredo et le psy.))











L'amour paternel (et filial) se révèle, dans la même veine, mutique, insatisfaisant, presque autiste et la famille est dépeinte, une nouvelle fois, comme dépourvue d'affection et de dialogue (Anna a vraisemblablement fuit Vitterbo et sa famille sévère et étroite, cette famille monoparentale, ces frères à l'esprit borné ; Alfredo, de son côté, cache sa véritable nature à sa femme et à ses enfants ...)
Et lorsque Anna découvre l'amour auprès de Marie, son "moi" profond, contaminé par le Mal et la destruction, ne peut concevoir et supporter l'hypothèse d'une relation partagée, saine et normale : elle ne peut que le tuer !




A Vitterbo, Anna est finalement renvoyée à la solitude de sa chambre pleine de poupées et de peluches, ramenée à la position foetale et autoprotectrice d'un embryon ; à Rome, elle suscitait déjà les rapports paternalistes de ses collègues et de ses supérieurs (son chef, son amoureux Marco, son psy. ...)





A la fin, elle ressemble d'ailleurs davantage à une fillette sauvage, hagarde et paumée, qu'à une garce psychopathe !
Anna est toujours demeurée une petite fille, une enfant, que la violence et l'horreur du monde ont bouleversée et totalement aliènée.



















Il n'est, d'ailleurs, ni innocent ni gratuit qu'Anna en arrive à crever l'oeil d'Alfredo !








Les pr
ofondeurs étranges des peintures botticelliennes (Anna ressemblerait presque, au départ, à l'une de leurs figures) cédant la place à l'agressivité et à la crudité de graffitis et de tags (Anna s'est alors endurcie, renfermée, masculinisée et elle ne vit plus qu'un interminable cauchemard) puis, à la feinte normalité d'une joyeuse promenade à mobylette dans les avenues de Rome, à celle d'un parc plein d'animaux et de couples enlacés où l'on croit redécouvrir l'amour et au hiératisme des "académies" de plâtre blanc des salles d'études du musée, en fin de compte souillées de sang, pour finir par le Labyrinthe d'arrières cours, d'escaliers, de couloirs, de passages et de jardins clôts en enfilade, parcourus par une héroïne définitivement perdue, submergée et complètement folle.






Le directeur de la photographie, Guiseppe Rotunno, fixe avec brio le mélange troublant de beauté, d'étrangeté et d'effroi distillé par les oeuvres, les peintures, les sculptures ...






Et l'effêt le plus marquant, en dehors de l'intrigue elle-même, réside peut-être dans la beauté envoutante et tenace de la bande originale concoctée par Ennio Morricone : ce thème obsédant, basé sur des formes anciennes et classiques, décliné sur des modes, des rythmes et dans des accompagnements divers, le plus souvent par une voix blanche et plaintive d'enfant de choeur, qui s'imprime en leitmotiv, à la fois beau et infiniment triste ... ; ces bruits, ces murmures et ces chuchotements qui dramatisent et matérialisent la fausse fixité des tableaux et des statues.
Dario Argento a une nouvelle fois créé un "objet filmique" aussi marquant, intrigant et unique que dérangeant, mélancolique et très personnel.
Les thèmes et les obsessions du cinéaste sont toujours là, mais totalement remaniés, retravaillés et poussés jusqu'à l'exagération, la logique et la rigueur les plus absolus.
Une fois de plus, le réalisateur marque un nouveau virage, un pallier.



















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